Salin de giraud, un village de corons en Camargue

dimanche 15 novembre 2009
par Marie ARNAUDET

Le parc de Camargue a choisi Salin de Giraud pour la fête des parc naturels, organisée à l’initiative de la région. Entre autres réjouissances, le parc proposait la projection d’un film de Jean-Pierre Artinoux, "Rendez-vous au bout du monde", que nous espérons pouvoir vous proposer un jour en ligne. En attendant, nous avons trouvé intéressant de sortir des cartons un film de 26 minutes, réalisé par Marie ARNAUDET en 2001, et lui aussi sur le thème de Salin de Giraud et de sa population.

Des corons en Camargue
Un film de 26 ', réalisé par Marie ARNAUDET en 2001


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Le sel pendant des siècles était un bien précieux,on ne savait le récolter que dans les marais salans, et la “culture” du sel sur le littoral méditerranéen est trés ancienne. Peu à peu cette denrée rare est devenue une matière première de valeur négligeable, et certains salins ont disparu. Aux Salins de Giraud, au XIXème siècle, la production de sel destinée à la consommation humaine se transforme en débouché industriel : le chlorure de sodium devient matière première pour la fabrication de produits chimiques.

La première entreprise qui s’installe aux Salins au milieu du XIXéme siècle est belge : il s’agit de Solvay, qui est déjà performante sur le marché naissant des produits chimiques. Chez Solvay, on sait parfaitement créer l’activité économique là où il n’existe rien : depuis des années, l’entreprise installe des mines et des usines dans le Nord de la France, en Belgique, en Allemagne… Elle construit des unités de productions industrielles, mais aussi les lieux de vie qu’elle considère comme idéaux pour les ouvriers qu’elle emploie. Rien n’est laissé au hasard : habitations, écoles, boutiques, abattoirs, cercles et cinéma… L’évolution des carrières des travailleurs, mais aussi de leurs enfants est programmée dès leur embauche…
C’est l’expression parfaite de la conception paternaliste des entrepreneurs de l’époque, qui pensent qu’un ouvrier productif est un ouvrier heureux. Et il est indéniable que pour la période, les conditions de vie et de travail des salariés de Solvay étaient supérieures à la moyenne.
L’entreprise Solvay construit en pleine Camargue une usine et un village exactement semblables aux unités qu’elle a déjà mis en place dans le Nord. Le village sera donc construit en briques, comme dans le Nord, alors que la brique est totalement absente dans les constructions provençales traditionnelles. La seule concession à la culture camarguaise sera les arènes que l’on accole à l’espace de loisirs.
La conception du village est complétement structurée par la hiérarchie dans l’entreprise : Au nord, à l’entrée du village, l’immense demeure bourgeoise et son parc, destinés au directeur de l’usine. Viennent plus bas les deux maisons des sous-directeurs, puis des quatre cadres supérieurs… et ainsi de suite par ordre d’importance décroissante, jusqu’à une avenue qui sépare nettement le quartier de la maîtrise de celui des ouvriers. Tout au sud , loin du centre, les familles chargées d’enfants et donc les plus modestes.
Les propriétaires de la seconde entreprise, Les Salins du Midi, sont gardois. Ils se sentent obligés de suivre l’exemple de Solvay, et vont eux aussi construire leur village, qui sera moins structuré, et d’un style plus local que celui de Solvay. Les maisons s’inspirent des fermes cévenoles, et la hiérarchie de l’usine ne transparaît qu’au travers de la dimension des habitations, assez peu sur l’apparence des façades.

 

Les communautés humaines concernées sont trés différentes : Solvay recrute en Lorraine, des ouvriers ou des mineurs qui connaissent bien l’entreprise. Les Salins, eux font appel à une population, immigrée récemment en France : des russes. des italiens, des espagnols, des arméniens, des grecs Pendant des décennies, les deux groupes s’ignorent et vont jusqu’à s’affronter. Si certains d’entre eux se rendent le dimanche à l’église orthodoxe, pendant que les autres sont toujours attachés à leur culture de l’est, il y a longtemps que les habitants des Salins de Giraud ont oublié qu’ils se battaient entre grecs et lorrains. La plupart se retrouvent sur le terrain de boules ou les gradins des arènes en bon camarguais qu’ils sont devenus. Les jeunes ont l’accent du midi et rêvent de devenir razeteurs ou manadiers.
Les deux entreprises ont peu à peu vendu les maisons à ceux qui les occupaient, et les corons se transformeraient vite en villas provençales, sans l’intervention d’architectes conseils, chargés de convaincre les habitants de la beauté de la brique . La République a récupéré depuis longtemps sa responsabilité sur les écoles et les services publics. Cercles et cinémas sont désormais gérés par des privés. L’activité industrielle ralentit peu à peu, et le village commence vaguement à penser au tourisme. Mais il dépend toujours de la ville d’Arles, dont il est distant de 40 km. Il n’a donc aucune autonomie politique, et les priorités de dévelopement ne sont pas toujours définies par ses propres habitants.

Les différentes séquences de ce documentaire s’attachent au travers d’interviews et de témoignages, à rendre compte de l’histoire et de la réalité actuelle de ce site singulier. Des témoins nous racontent comment leur communauté s’est installée dans ce pays, et comment de père en fils, on reste fidèle à son entreprise et au travail du sel.

Production : Crocodile Production 2001


Commentaires

Logo de Stefan Hoareau
mercredi 13 janvier 2010 à 17h30, par  Stefan Hoareau

Bravo et merci pour ce beau reportage !

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